dimanche 29 mars 2015

Max Bruch, pas juif mais protestant... et même, antisémite?

[...] J’ai découvert le Kol Nidrei et dautres chants à Berlin chez les Lichtenstein, avec qui je me suis lié d’amitié. Bien que je sois protestant, en tant qu’artiste j’ai été très sensible à la beauté incomparable de ces mélodies [...]. – Max Bruch
Salut, les mélomanes ! Je subodore que le présent article sera lu essentiellement par des gens recommandables, plutôt que par les adeptes de la théorie de lomniprésence juive et autres obsédés qui se plaisent à se conforter dans l’idée que François Hollande ou Nicolas Sarkozy seraient juifs. Cela me changera.

Qui n’a pas cru, comme moi pendant longtemps, que Max Bruch, musicien connu surtout pour son concerto pour violon, souvent couplé avec celui de Mendelssohn et pour son Kol Nidrei, était juif ?

Pourtant, des musiciens non juifs ont composé de la musique pour la liturgie juive, par exemple Carlo Grossi et Louis Saladin au XVIIe siècle, ou de la musique tirée de la liturgie juive, comme Benedetto Marcello au siècle suivant. On pourrait citer aussi Sergei Prokofiev au XXe siècle, avec son ouverture « sur des thèmes juifs », ou Maurice Ravel, avec son « Kaddish » et ses « Mélodies hébraïques ».

Comme Leon Botstein le rappelle, l’auteur de Porgy and Bess, George Gershwin, n’était pas noir, et supposer qu’il fallait être juif pour composer un « Kol Nidrei » est le signe d’une perception fausse de la situation des Juifs à la fin du XIXe et au début du XXe siècle en Allemagne.


Plus généralement, supposer que l’origine ethnique ou la religion d’une personne serait une condition impérative pour que celle-ci puisse créer telle ou telle œuvre ou réussir dans tel ou tel domaine, est le signe d’un préjugé, pour ne pas dire plus. Et justement, je vais en dire plus.


Songeons à cette publicité récente pour la Fnac, par voie d’affiche, dans laquelle un Noir fulminait : « Un Blanc m’a conseillé en jazz. Un Blanc ! » Ou encore, dans le même style, cette chanson de Claude Nougaro qui reprend l’air d’un célèbre gospel : « Armstrong, je ne suis pas noir, je suis blanc de peau. Quand on veut chanter l’espoir, quel manque de pot. »


Qui aura remarqué le racisme implicite (anti-blanc ou anti-noir, question de point de vue) contenu dans ces deux exemples emblématiques de certaines dérives actuelles ? Pour mieux le mettre en évidence, imaginons cette variante : « Verdi, je ne suis pas blanc, je suis noir de peau. Quand on veut faire de l’opéra, quel manque de pot. »


Ou bien celle-ci : « Renault, je ne suis pas blanc, je suis noir de peau. Quand on veut créer des voitures, quel manque de pot. » Ou bien encore : « Einstein, je ne suis pas juif, je suis solognot. Quand on veut faire des calculs, quel manque de pot. »


Et que dire d’une affiche publicitaire sur laquelle on verrait un Blanc qui s’exclamerait d’un air quasi outré : « Un Noir m’a conseillé en variété française. Un Noir ! »


Ne manquons pas de noter, au passage, que le gospel d’Armstrong avait pour thème la sortie d’Égypte sous la conduite de Moïse. N’en déplaise à Nougaro, être noir et chrétien n’empêche nullement de chanter l’épopée du peuple juif, pour ne pas dire l’acte fondateur du judaïsme.


L’histoire de Moïse est aussi le thème d’un oratorio de Max Bruch, précisément. Ce compositeur allemand, Max Christian Friedrich Bruch, était issu d’une famille de protestants, du côté de son père comme du côté de sa mère. Il était même passablement antisémite, si j'en crois une de mes sources.



Sources : Wikipedia, sur Max Bruch et sur son Kol Nidrei,  Chazzanut onlineJewish Daily Forward.

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