vendredi 26 janvier 2024

Le baron Bich, lui-même juif ?

Le 26 novembre 2023, sur Facebook, une personne de mes contacts reproduisait une publication sur László Biró, considéré comme l’inventeur du stylo à bille, en précisant que cet inventeur était un Juif hongrois. Comme quelqu’un écrivait en commentaire que le brevet avait été revendu au baron Bich, elle lui répondit : « Lui-même juif. »

Voyons ce qu’il en est vraiment du fondateur de la marque Bic. Marcel Bich, dit le baron Bich, était le fils d’Aimé-Mario Bich et de sa seconde épouse, Marie Muffat de Saint-Amour de Chanaz. Avec un tel nom, on se doute que sa mère n’était pas juive.

Le style haut d’un distingué baron

Du côté paternel, le titre de baron avait été accordé à son arrière-grand-père Emmanuel Bich, syndic d’Aoste, par le roi Charles-Albert de Sardaigne, duc de Savoie.

En outre, la sœur de Marcel Bich se prénommait Marie-Thérèse, un prénom typiquement chrétien. On imagine bien mal des Juifs appelant ainsi leur fille.

Marcel Bich avait épousé Louise Chamussy. Après le décès de celle-ci, il s’était remarié avec Jacqueline de Dufourcq, puis avait divorcé et s’était remarié une nouvelle fois avec Laurence Courier de Méré. Aucun de ces trois noms ne suggère une appartenance juive.

Terminons, comme il se doit, par la sépulture de l’intéressé, qui est évidemment une sépulture chrétienne. Elle se trouve dans le cimetière de Rhuis, derrière l’église.


Sources : Landru Cimetières ; Wikipedia ; YouTube.

samedi 20 janvier 2024

Jacques Ellul, juste pas juif

Sur les réseaux sociaux, quelqu’un avait affirmé que Jacques Ellul était juif. La méprise provenait peut-être de son patronyme, qui pouvait faire penser à l’hébreu, ou bien à la sympathie et à la solidarité que l’historien, sociologue et théologien avait manifestées à plusieurs reprises envers le peuple juif et le pays d’Israël.

En la synagogue de la rue de la Victoire, le 16 octobre 1980, le grand-rabbin Jacob Kaplan citait Jacques Ellul :

Les protestants sont donc chrétiens ?

« […] Quand on dit du mal des Israéliens qui sont des Juifs, on en arrive, qu’on le veuille ou non, à dire du mal des Juifs qui ne sont pas israéliens. »

Dans une interview, Jacques Ellul évoque le mois d’elloul, dans le calendrier hébraïque. Cependant, selon Frédéric Rognon, ce nom peut avoir une autre origine, surtout que Jacques Ellul était issu d’une famille d’origine maltaise ayant émigré à Trieste à la fin du XVIIe siècle.

Le grand-père de Jacques Ellul était italien et son épouse, la grand-mère de l’historien, était serbe. Leur fils Joseph Ellul, le père de Jacques Ellul, né à Trieste, avait été élevé dans la religion orthodoxe. Il était devenu citoyen autrichien et également sujet britannique.

La mère de Jacques Ellul, Marthe Mendès, était d’origine portugaise et française, comme Pierre Mendès France, mais elle était issue d’une famille protestante.

Jacques Ellul, passé du christianisme orthodoxe au protestantisme à 18 ans, ne renia jamais sa foi dans les Évangiles. De plus, il est connu avant tout comme théologien protestant.

Enfin, le 29 août 2001, le mémorial Yad Vashem l’a proclamé Juste parmi les nations, un titre réservé aux personnes non juives ayant sauvé des Juifs.


Sources : AJPN ; Jacques Chancel, Radioscopie de Jacques Ellul [archive], France-Inter, 1er octobre 1980 ; Jacques Ellul et Madeleine Garrigou-Lagrange, À temps et à contretemps : entretiens, Paris, Le Centurion, 1981 ; La Nef ; lemonde.fr ; Frédéric Rognon, Jacques Ellul - Une Pensée en dialogue, Labor et Fides, 2007 (réédité en 2013) ; Wikipedia ; Yad VaShem France.

mardi 16 janvier 2024

Ziegler, c’est si clair !

Le bobard selon lequel Jean Ziegler serait juif a circulé sur Internet. Sauf improbable erreur de ma part, il s’agit bien de l’essayiste et polémiste suisse Jean Ziegler, né Hans Ziegler le 19 avril 1934 à Thoune (canton de Berne).

Ce Suisse qui hait à la fois son propre pays et Israël et qui est un enragé de la « cause palestinienne » aurait-il vraiment pu être juif ? Et pour quelle raison pourrait-on le croire ? Voyons donc cela de plus près.

Ziegler recevant le prix Kadhafi

Serait-ce parce qu’à une certaine époque, il avait révélé le rôle des banques suisses dans la gestion des biens confisqués aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et la rétention de ces biens longtemps après ?

Ce qui lui avait valu les louanges de ceux qui, comme lui, dénoncent le génocide nazi tout en exprimant leur haine d’Israël. Notons tout de même que plus tard, en 1996, il s’est mis à soutenir le négationniste Roger Garaudy.

Jean Ziegler a aussi soutenu Castro, Mugabe, Mengistu, Chavez, l’OLP et le soi-disant « Tribunal Russell sur la Palestine » : que du beau monde ! Il a aussi qualifié Gaza de « camp de concentration » (sic). Au moins, on peut reconnaître dans tout cela une certaine cohérence, pour ne pas dire une cohérence certaine.

Jean Ziegler est le fils de Hans Ziegler, président du tribunal de district de Thoune, et d’Elisabeth Walther. On notera qu’à sa naissance il avait reçu le prénom de son père, Hans : un fait courant chez les protestants, mais contraire à la tradition juive, comme je l’ai déjà précisé maintes fois.

En outre, il est issu de la « grande bourgeoisie patricienne », sa famille compte bon nombre de pasteurs et lui-même a été le premier dirigeant de la communauté d’Emmaüs genevoise, une organisation chrétienne.

Élevé dans la religion de ses ascendants, le protestantisme calviniste, il s’est converti à la religion catholique. Par la suite, il a affirmé croire en Dieu tout en détestant toutes les Églises. Le moins qu’on puisse dire est qu’il déteste beaucoup de gens et beaucoup de choses.


Sources : Dictionnaire historique de la Suisse ; Le Courrier ; Libération ; Wikipedia en français ; Wikipedia en anglais ; Wikipedia en allemand ; Wikipedia, sur ses positions par rapport à Israël.