vendredi 12 décembre 2014

Eugène Ysaÿe, plus près de Jésus que d’Isaïe

La méprise est bien évidemment liée à son patronyme, qui évoque le prophète juif Isaïe (voir le Dictionnaire des noms de famille en Wallonie et à Bruxelles de Jean Germain, Racine Lannoo, 2007), mais elle est sans doute liée aussi à la fameuse tendance des grands violonistes à être juifs. 

Or, cette tendance s’observe surtout à partir du XXe siècle. Jasha Heifetz est né en 1901, Nathan Milstein en 1903, Henryk Szeryng en 1918, Isaac Stern en 1920. Certes, au XIXe siècle, il y a eu Ferdinand David (converti cependant) et Joseph Joachim, mais qui d’autre parmi les plus connus, sinon Nicolo Paganini, Rodolphe Kreutzer, Henri Vieuxtemps et Eugène Ysaÿe (né en 1858). Ni Paganini, ni Kreutzer, ni Vieuxtemps n’étaient juifs... Ysaÿe non plus.

Si Ysaÿe avait été juif, son nom apparaîtrait, à coup sûr, quelque part dans les 761 pages de l’ouvrage de Frans C. Lemaire Le Destin juif et la musique - Trois mille ans d’histoire (Fayard, 2e éd. revue et augmentée, 2001), surtout si l’on sait qu’y sont mentionnés même des musiciens non juifs comme Paganini (p. 504), Kreutzer (p. 194) et Vieuxtemps (p. 508). 

(Notons au passage qu’au début de son livre, Frans C. Lemaire, lui-même non juif, a cru opportun de dresser une liste de Juifs ayant eu « une influence fondamentale sur les développements de la modernité » et a fait l’erreur d’y inclure Charlie Chaplin). 

Eugène-Auguste Ysaÿe était issu d’une vieille famille wallonne (Musica et Memoria) et son grand-père paternel, maçon de métier et violoniste le dimanche, jouait à l’église. Sa mère se prénommait Marie-Thérèse. Sa sœur aînée se prénommait Marie, et son frère aîné, Joseph. Un peu plus, et il se serait appelé Jésus.

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