vendredi 8 mars 2019

Harry Roselmack, victime du racisme… contre les Juifs !

« Je me vois peu, mais je ne me vois pas noir. En tout cas, je ne me qualifie pas comme tel, en général. Je suis d'abord un homme, un fils, un frère, un mari et un père, un citoyen, un journaliste, un passionné et… oui, oui, c'est vrai, je suis noir. La République, son slogan et ses lois parviennent, la plupart du temps, à me le faire oublier. » - Harry Roselmack (www.ozap.com)

Sachant jusqu’où peut aller l’irrationalité dès qu’on parle des Juifs, on n’est même plus surpris d’apprendre que le journaliste et animateur de télévision Harry Roselmack passe pour juif chez des crétins incultes et aigris comme il en pullule sur l’Internet. Voici ce qu’on peut lire sur Yahoo (questions/réponses) :

« La judaïcité de Harry Roselmack influence-t-elle sa vision de l’Islam ? » (sic)

On aurait pu imaginer un rapprochement phonétique intempestif entre Roselmack et des noms en « Rosen- » comme par exemple Rosenmann. Mais apparemment, il s’agit d’autre chose :

« Monsieur Roselmack, Juif [a]shkénaze par sa mère, fait un reportage sur l’Islam… l’objectivité d’un tel travail semble une évidence à TF1… » (re-sic)

Ainsi donc, si ce que dit ou écrit Harry Roselmack n’est pas flatteur pour l’Islam, il n’y a qu’une explication : c’est parce qu’il est juif !

Remarquons, au passage, ce qu’implique un tel propos, digne d’un Bruno Gollnisch : un journaliste pourrait donc faire preuve d’objectivité s’il est catholique, protestant, musulman, noir, asiatique, communiste, anarchiste, breton, corse, homosexuel ou que sais-je… mais pas s’il est juif.

J’ignore quelle vision Harry Roselmack peut avoir de l’islam, et je m’en moque. Toujours est-il qu’il n’est évidemment pas plus juif que le prince héritier d’Arabie Saoudite ou le Premier ministre japonais.

Harry Roselmack est le fils d’un CRS et d’une employée de La Poste, tous deux martiniquais. Le nom de jeune fille de sa mère est Boungo : pas très ashkénaze, comme nom. Par ailleurs, sa femme est également d’origine martiniquaise par ses deux parents.

Pour faire l’objet de propos racistes anti-juifs, nul besoin d’être juif. On peut être français de souche et catholique (comme Geneviève de Fontenay), anglais et protestant (comme Charles Darwin), ou encore, arabe et musulman (comme Mouammar Kadhafi). On peut même être noir et d’origine antillaise par ses deux parents. Gageons que si des extraterrestres débarquaient un jour sur Terre, il se trouverait des abrutis pour affirmer qu’ils sont juifs.


Sources : lesechos.fr ; femmeactuelle.fr.

lundi 4 mars 2019

Lio, ou quand les brunes ne comptent pas pour des Juives

Comme je l’ai déjà évoqué précédemment, un camarade d’études, lui-même juif, prêtait à tort une identité juive à un certain nombre de personnalités : Georges Bizet, Gustave Eiffel, le Colonel Fabien, le baron Haussmann, Jean Jaurès… et Lio, alors connue comme chanteuse, notamment pour sa chanson sur les brunes.

Pour cette seule raison ? Ou bien, en raison de son nom (voir ci-dessous) ? Allez savoir. Je l’ai suffisamment montré, il n’y a aucune rationalité que l’on puisse espérer trouver dans le discours dès lors que la personnalité juive est attribuée, de façon fantasmatique, à telle ou telle célébrité.

Lio, de son vrai nom Vanda Maria Ribeiro Furtado Tavares de Vasconcelos, est née le 17 juin 1962 à Mangualde, au Portugal. Elle est la fille de Fernando Tavares de Vasconcelos, un officier issu d’une des plus grandes familles de l’aristocratie portugaise, les Vasconcelos, connue pour avoir servi au Mozambique lors des guerres coloniales salazaristes contre l’indépendance de l’empire portugais.

Sa mère était également portugaise. Elle s’appelait Helena Ribeiro Furtado et était la fille de Dino Furtado et d’Otilia Ribeiro Da Cruz.

Il est relativement improbable, à notre époque, qu’une Portugaise soit juive. La seule partie de son état-civil qui suggère une origine juive est le nom Furtado. Abraham Furtado, au XVIIIe siècle, était issu d’une famille juive, mais la plupart des Furtado actuels ne sont pas juifs du tout, même si ce nom laisse penser que certains de leurs ancêtres l’ont été. Plus généralement, rien de ce que l’on sait de Lio ne nous indique qu’elle serait juive. On peut juste supposer que certains de ses ascendants il y a deux siècles, surtout du côté du père de sa mère, étaient juifs ou marranes.

Dans une interview, Lio a déclaré qu’elle aimerait « donner deux baffes au pape à cause de sa position sur les préservatifs » (sic), ce qui laisse penser qu’elle est de confession catholique. En effet, une Juive, qu’elle soit croyante ou non, ne se soucierait pas autant de la position du pape sur ce sujet, ni sur n’importe quel sujet de manière générale.


Sources : geneanet.org ; parismatch.com ; Wikipedia.

lundi 18 février 2019

Hélène Grimaud et les « antisionistes »

Dans une interview accordée au journaliste John Rockwell, du New York Times, au milieu des années quatre-vingt-dix, Hélène Grimaud aurait déclaré que son père descendait de Juifs séfarades d’Afrique du Nord et que les ancêtres de sa mère étaient « des Juifs berbères corses ». Ses parents se seraient appelés Grimaldi et auraient francisé leur nom avant sa naissance.

Naturellement, ces fadaises n’ont pas manqué d’être reproduites ici et là, entre autres par Wikipedia qui se réfère également au site internet américain Musician’s Guide en ajoutant que la belle pianiste blonde aux yeux bleus descendrait de « Juifs algériens » du côté de son père.

De deux choses l’une : ou bien il a pris un jour à Hélène Grimaud la fantaisie de s’inventer une ascendance juive, sans doute pour se payer la tête du journaliste qui l’interviewait, ou bien c’est le journaliste qui a tout inventé.

Et cependant, il n’en aura pas fallu davantage pour que des fanatiques de la prétendue « cause palestinienne » se mettent à perturber ses concerts !

Dans son livre autobiographique Variations sauvages (Robert Laffont, 2003), Hélène Grimaud mentionne à deux reprises les cours de catéchisme qu’elle a suivis dans son enfance.

Son père, Claude Grimaud, est le fils de Clair Joseph Jean Grimaud et de Raymonde Cazarrelly. Clair Joseph Jean Grimaud était le fils de Jean-Baptiste Philippe Grimaud et de Joséphine Marie Jourgan. Jean-Baptiste Grimaud était lui-même le fils de Jacques Baptistin Grimaud. Quand on remonte l’arbre généalogique de la pianiste jusqu’au XVIIe siècle, côté paternel, le nom Grimaud est toujours présent, et les épouses des Grimaud portent également des noms à consonance française. Nulle trace de Grimaldi, ni de noms juifs, séfarades ou autres, et nulle trace de l’Algérie ni de l’Afrique du Nord.

La mère d’Hélène Grimaud, Josette Cirelli, née en Corse, est la fille d’Antoine Cirelli et de Pauline Bartoli, tous deux corses. La belle pianiste précise dans son livre (ibid.) que sa mère, qui est corse, vient d’un petit village de montagne, Olmo. Bartoli est aussi le nom de la mère de la chanteuse Jenifer, et les ascendants de Jenifer sont juifs du côté de son père, Michel Dadouche, mais pas de sa mère, Christine (eh, oui) Bartoli, d’origine corse. À propos de la légende des Corses qui seraient d’origine juive, voir le dernier paragraphe de mon article sur Marie-Dominique Culioli.


Sources : Hélène Grimaud, Variations sauvages (Robert Laffont, 2003) ; Genealogie Magazine ; geneanet.org ; Last Night in Orient (blog sur la musique arabe) ; New York Times ; Wikipedia.

mardi 12 février 2019

Marie d’Agoult, juive par son pseudonyme ?

Marie d’Agoult, qui écrivait sous le nom de plume de Daniel Stern, était la fille d’Alexandre Victor François de Flavigny, un noble français émigré pendant la Révolution, et de Maria Elisabeth Bethmann, laquelle était issue d’une famille de banquiers protestants.

Sur Facebook, une intervenante a affirmé – tout bêtement – que les Bethmann étaient une famille de Juifs allemands convertis au protestantisme. Cette même personne a également affirmé ce bobard avec aplomb sur son site internet consacré à Marie d’Agoult.

Bethmann, c'est juif ?
Et Daniel Stern ?
Or, une recherche sur Internet permet de constater que personne, en dehors de cette internaute, n’a jamais fait mention d’une origine juive chez les ascendants de Marie d’Agoult, née Marie Catherine Sophie de Flavigny, éduquée au couvent des Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus et mariée au comte Charles Louis Constant d’Agoult.

La mère de Marie d’Agoult, Maria Elisabeth Bethmann, d’origine allemande, était la fille de Johann-Philipp Bethmann et de Catharina Margaretha Schaaf.

Johann-Philipp Bethmann était le fils de Simon Moritz Bethmann et d’Elisabeth, née Thielen, lesquels étaient tous les deux protestants.

Le père de Catharina Margaretha Schaaf s'appelait Anton Schaaf et sa mère s'appelait Susana Scheidt, ou von Scheidlin, selon les sources.

Dans ses écrits, Marie d’Agoult nous montre bien que ses ascendants n'étaient absolument pas juifs : « ...ma mère qui, à demi française, avait perdu à l’égard des juifs, comme à tant d’autres égards, l’âpreté des préjugés francfortois... »

Autre exemple, cette réaction de sa grand-mère maternelle Catharina Margaretha Schaaf, apprenant par son fils, l’oncle de Marie d’Agoult, que celui-ci et son épouse avaient reçu la visite d’Amschel Rothschild à l’occasion de la naissance de leur fils :

« Il n’avait pas prévu le soulèvement d’indignation qu’il provoqua. Quoi ! Ce malheureux fils de juif allait venir en sa maison, il allait entrer dans la chambre de sa belle-fille, toucher de ses mains, peut-être, le berceau chrétien de son petit-fils ! Cette pensée la mettait hors d’elle-même, et il ne fallut rien de moins que l’accord de toute la famille pour la réduire à supporter ce changement des temps et cette incroyable diminution de la fierté chrétienne dans sa propre famille ! »

Marie d’Agoult nous explique donc dans ses écrits que chez ses ascendants du côté maternel, jusqu'à sa grand-mère, on cultivait de vilains préjugés à l'encontre des Juifs. Par ailleurs, sa fille Cosima allait épouser successivement deux antisémites, d’abord Hans von Bülow, puis Richard Wagner, et devenir par la suite la belle-mère de l’ignoble nazie Winifred Wagner.


Sources : Marie d’Agoult, Mes Souvenirs (publié sous le nom de Daniel Stern)  ; ibid.; geneanet.org ; Wikipedia, sur Marie d'Agoult et sur les Bethmann.

vendredi 8 février 2019

Dieu, Rothschild et Macron... et l’Algérie

Je n’y croyais pas, et pourtant, c’est arrivé : en décembre 2018, sur Facebook, un intervenant, lui-même juif, a déclaré en guise de commentaire, à propos de je ne sais plus quelle publication, que la mère du président Macron était « d’origine juive algérienne ». Plaisantait-il ? Dans tous les cas, il ne semblait pas se prendre trop au sérieux, car lorsque je lui ai porté la contradiction, il a salué ma réponse d’un émoticône souriant.

Deux bons amis des Juifs
Emmanuel Macron est cependant, depuis le début de sa campagne électorale, la cible d’une foule d’antisémites : non pas parce qu’on le croit juif, mais parce qu’avant de se lancer dans la politique, il avait occupé un emploi de cadre supérieur au sein de la banque Rothschild & Cie. Comme le révèlent tristement certaines manifestations de rue – ou de rond-point –, le nom de Rothschild est toujours associé aux mêmes fantasmes absurdes et nauséabonds qu’au temps de Drumont, de Willette, de Céline et de Pétain.

Pour en revenir à notre sujet, j’ai déjà fait remarquer que la notion d’origine(s) juive(s) était apparemment très élastique. Quoi qu’il en soit, on ne connaît à Emmanuel Macron aucun ascendant juif, ni du côté maternel, ni du côté paternel.

Le père d’Emmanuel Macron, Jean-Michel, est le fils d’André Macron et de Jacqueline, née Robertson, elle-même fille de George William Robertson et de Suzanne Leblond, fille d’Eugène Leblond et Alice Tison. Bien évidemment, aucun de ces patronymes ne suggère des « origines juives ».

La mère d’Emmanuel Macron, Françoise Noguès, est la fille de Jean Noguès et de Germaine, née Arribet, elle-même fille d’Ernest Arribet et de Marie-Madeleine, née Millet, cette dernière ayant eu pour parents Isidore Millet et Sophie, née Cha. J’ignore d’où vient ce dernier patronyme, mais il ne semble pas qu’il soit porté par des Juifs davantage qu’Arribet, Millet ou Noguès. En outre, comme je l’ai déjà mentionné ailleurs, le prénom Marie-Madeleine fait clairement référence à l’iconographie chrétienne.

Rien n’indique, non plus, un lien quelconque avec l’Algérie.

Inutile de pousser plus loin les recherches.


Sources : geneanet.org ; Wikipedia.

mardi 13 novembre 2018

Dans la famille Sarkozy, Marie-Dominique Culioli...

On sait que Nicolas Sarkozy avait un grand-père juif et que Cécilia Ciganer-Albeniz avait également un grand-parent juif, son grand-père ou peut-être sa grand-mère, côté paternel. On sait que Carla Bruni a été élevée par le fils d’un Juif. On sait que Jean Sarkozy, l’un des deux fils de l’ancien président et de sa première femme, a épousé une Juive. Décidément, autour de Nicolas Sarkozy on trouve des « origines juives » à tous les étages, et cela ne manque pas de faire fantasmer beaucoup de gens.

Ces faits sont amplifiés et déformés à l’extrême, comme souvent dès que le mot « juif » apparaît quelque part ; si bien que certains prêtent une identité juive à la mère de Nicolas Sarkozy, voire au père de Nicolas Sarkozy et à Nicolas Sarkozy lui-même, ainsi qu’à sa deuxième épouse Cécilia – et même, à Jacques Martin – et à sa troisième épouse Carla.

Dans ce contexte, il n’est pas vraiment surprenant que l’on puisse même entendre affirmer (comme je l’ai effectivement entendu affirmer) que la première épouse de Nicolas Sarkozy, Marie-Dominique, était juive elle aussi. Jamais deux sans trois !

On peut au moins supposer que cette invention n’émane pas de ceux qui ont fait courir le bruit que Jean Sarkozy se serait converti au judaïsme pour pouvoir épouser Jessica Sebaoun. En effet, si sa mère avait été juive, il aurait été juif lui-même. Il est vrai qu’il serait illusoire d’attendre que les auteurs de ce genre de commérages fassent preuve d’un esprit logique.

Quoi qu’il en soit, Marie-Dominique Culioli est née de deux parents corses et nés en Corse, Henri Jean-Baptiste Culioli et Rosine Biancarelli. Il en était de même du linguiste Antoine Culioli ainsi que d’une homonyme de Marie-Dominique Culioli, décédée en février 2018 à l’âge de 94 ans, dont on peut constater (dansnoscoeurs.fr) que toute la famille est corse et catholique.

Certes, la première femme de Sarkozy a maintenant une bru juive et des petits-enfants juifs, mais rien n’indique qu’elle pourrait être juive elle-même et tout indique le contraire.

Par ailleurs, des Juifs fantasment sur de prétendues « origines juives » d’une partie du peuple corse, et certains patronymes corses en seraient la preuve : des noms comme Giacobi, Simonetti mais également Biancarelli. Selon un article de Corse-Matin, ce ne serait qu’un mythe. Quoi qu’il en soit, les Corses qui portent ces noms ne sont pas juifs.


Sources : geneanet.org ; lexpress.fr ; dansnoscoeurs.fr ; corsematin.com.

lundi 29 octobre 2018

Eva Braun, une rumeur tirée par les cheveux

Soyons clair : je n’ai encore jamais entendu dire que la compagne d’Hitler aurait été juive, mais comme il existe une rumeur stupide selon laquelle elle aurait eu des « origines juives », je me doute qu’entre envisager d’éventuelles et douteuses « origines juives » et affirmer que la personne était juive, certains auront vite fait de franchir le pas.

J’utilise à dessein les guillemets quand j’écris « origines juives », car cette notion est bien vague et sujette à des interprétations plus ou moins fantaisistes. En l’occurrence, de quoi s’agit-il exactement ?

Il existe des Braun juifs. Par ailleurs, une des deux sœurs d’Eva Braun, Ilse, avait été la secrétaire médicale et la maîtresse d’un médecin juif, Martin Marx. Cependant, celle-ci est devenue par la suite la secrétaire du ministre nazi Albert Speer. Quant à la troisième sœur, Gretl, elle avait épousé en premières noces un officier SS. Enfin, tous les Braun ne sont pas juifs. Werner von Braun, par exemple, ne l’était évidemment pas.

Plus sérieusement, en 2014, une émission de télévision britannique faisait état d’une analyse d’ADN concernant des cheveux qui « auraient été prélevés » sur une brosse gravée aux initiales d’Eva Braun et récupérée par un capitaine de l’armée américaine au Berghof, la résidence d’Hitler dans les Alpes bavaroises.

L’analyse révélait que le génome était porteur d’une séquence appelée N1B1 et « fortement associée » aux Juifs ashkénazes. Naturellement, les médias n’ont pas manqué de relater la chose avec gourmandise, quitte à reproduire bêtement une dépêche, comme ils ont l'habitude de le faire. D’un journal à un autre, non seulement on retrouve les mêmes expressions comme par exemple « fortement associée » (ce qui veut dire quoi ?), mais même les phrases sont souvent identiques. Remarquons aussi que l’analyse d’ADN en question avait été effectuée à la demande des producteurs de l’émission !

Sachant qu’en Allemagne de nombreux Juifs se sont convertis au cours du temps et ont pu épouser un conjoint non juif, notamment au XIXe siècle, beaucoup d’Allemands au type germanique peuvent avoir un ancêtre juif si l’on remonte assez loin. Cela pourrait être le cas d’Eva Braun, à supposer que les cheveux en question aient bien été les siens – ce qui est loin d’être prouvé. Et qu’est-ce que cela changerait ?

On sait que les parents d’Eva Braun étaient des catholiques convaincus et que celle-ci fut élève dans une école catholique, puis passa un an dans un couvent.

En fait, l’idée qu’Hitler aurait pu se mettre en ménage avec une « non aryenne » est déjà assez stupide. Par ailleurs, Eva Braun était forcément au courant de la « solution finale » et cela ne l’aura jamais empêchée de dormir, ni de lier son destin à celui du plus haut responsable de cette effroyable folie criminelle.

Dans le meilleur des cas, la rumeur des « origines juives » d’Eva Braun reflète un goût malsain pour les paradoxes improbables, mais elle peut tout aussi bien participer, de façon pas si innocente, d’une certaine forme de banalisation du nazisme et de la Shoah (voir mes articles concernant Hitler et d’autres nazis).


Sources : Abbott E., Une histoire des maîtresses, (Fides, Montréal, 2007, p. 306) ; genealogie.schirrhein-schirrhoffen.fr ; Jew Or Not Jew ; Spartacus, sur Ilse Braun ; Spartacus, sur Gretl Braun ; Wikipedia, sur Eva Braun.

dimanche 21 octobre 2018

S’il s’était vraiment appelé Gutenberg, aurait-il été juif ?

Qui croit que Gutenberg était juif ? Le politologue pakistanais Farrukh Saleem, par exemple, qui a dressé une liste de personnalités juives dans laquelle il s'est également fourvoyé avec Charles Bronson. Mais il n’est certainement pas le seul. Il y a des gens qui s’imaginent que quiconque porte un nom germanique en « -berg » est juif. Par ailleurs, il existe effectivement des Juifs qui s’appellent Gutenberg.

S’il existe des Juifs qui s’appellent Gutenberg, c’est peut-être parce qu’un de leurs ancêtres s’était choisi ce nom par admiration pour un homme célèbre, comme d’autres choisirent un jour de s’appeler Schiller ou Lessing. Ou bien, c’est peut-être parce que ce nom qui signifie la bonne montagne avait de bonnes chances d’échoir un jour à un Juif, comme une foule d’autres noms du même genre commençant par « Gut- » ou se terminant par « -berg »...

Mais si l’inventeur de l’imprimerie est entré dans l’histoire sous ce nom (autrefois francisé en Gutemberg, voire Guttemberg, de même que son prénom était francisé en Jean), en réalité il ne s’appelait pas Gutenberg.

Il s’appelait Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg. Autant dire que son patronyme était Gensfleisch, et que Gutenberg n’était finalement qu’un surnom.

Son père s’appelait Friele Gensfleisch zur Laden ; sa mère s’appelait Else Wirich.

Gutenberg était issu d'une famille de patriciens. Son père exerçait à Mayence la fonction de maître des monnaies auprès de l'archevêque local. Il est supposé que Gutenberg avait étudié notamment la littérature et la théologie (chrétienne).

Par ailleurs, il semblerait qu'il ait été baptisé dans l'église Saint-Christophe proche de sa maison natale.

En 1465, il fut anobli par l'archevêque de Mayence, Adolphe II de Nassau.

J’ai déjà fait valoir que même si les Goldberg actuels étaient tous juifs (ce qui resterait à prouver), Johann Gottlieb Goldberg, qui vécut il y a trois siècles, ne l’était pas. De même, on admettra que quand bien même tous les Gutenberg actuels seraient juifs, rien n’indique que Johannes Gensfleisch alias Gutenberg aurait pu l’être.


Sources : iletaitunehistoire.com, Wikipedia.

vendredi 20 juillet 2018

Alexandre Benalla vu par les « conspis »

Andy Warhol avait annoncé que désormais chacun pourrait avoir son quart d’heure de célébrité. Au moment où ces lignes sont écrites, c’est le cas d’un certain Alexandre Benalla, à la fois barbouze, garde du corps et intime du président Macron, et ci-devant adjoint à son chef de cabinet, brusquement sorti de l’ombre pour avoir cogné quelqu’un une fois de trop.

Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, certains policiers un peu trop portés sur la castagne aimaient à tabasser un manifestant, ou mieux encore, un jeune homme supposé l’être, surtout s’il s’agissait d’un « Arabe » (c'est-à-dire un immigré maghrébin).

Les choses ont bien changé depuis, pour le meilleur ou pour le pire. Nous avons ici, en quelque sorte, le schéma inverse : un employé du gouvernement, mais un faux policier, d’origine maghrébine, qui s’en prend à un vrai manifestant, en l’occurrence un individu de type européen. Peut-être pour d’excellentes raisons, mais ce n’est pas notre propos.

Benalla portant un brassard de la police
Sur Facebook, un individu d’extrême droite ayant souligné qu’on avait affaire une fois de plus à « un Abdoul » (sic), un autre objecta qu’avec comme prénom Alexandre, ce devait être plus probablement un membre de la LDJ (Ligue de défense juive). Un autre enchérit en désignant Benalla comme « un rabbi Jacob » (sic).

Or, nombreux sont les enfants d’immigrés maghrébins qui portent un prénom du calendrier chrétien. Ce peut être parce qu’ils sont issus d’une famille kabyle chrétienne. Ce peut être aussi parce que leurs parents, bien qu’issus de famille musulmane, n’étaient pas très croyants ou pas très pratiquants, voire athées ou agnostiques, et ont misé sur l’intégration. Ou encore, il peut s’agir de la forme usuelle occidentalisée d’un prénom musulman, par exemple Alexandre pour Ali, de la même manière qu’un Serguei d’origine russe se fera couramment appeler Serge et qu’un Mojżesz venu de Pologne se fera couramment appeler Maurice.

Physiquement, Alexandre Benalla a un type berbère, pas un type juif. Sa coiffure et sa façon de porter la barbe ne suggèrent pas non plus qu’il serait juif. Son sweat à capuche non plus, et son parcours, pas davantage. En outre, on sait qu’il est originaire du quartier de La Madeleine à Évreux, une de ces zones urbaines dites « sensibles », une ZUP, où la violence est endémique.

De plus, s’il est né quarante-quatre Benalla en France entre 1966 et 1990 (filae.com), il n’en est né aucun avant la fin des années soixante, et même, le premier y est vraisemblablement né non pas en 1966, borne inférieure de la période retenue par les statisticiens, mais plutôt dans les années soixante-dix ou quatre-vingt. Cela indique que le nom Benalla n’est pas porté par des Juifs, et même sans disposer de renseignements plus complets sur l’intéressé, il est évident qu’il est issu de l’immigration maghrébine massive qui peuple les quartiers « difficiles ».

En outre, on pourra noter que selon certains organes de presse, Alexandre Benalla aurait dû se marier le 21 juillet 2018, un samedi. Or, pour des raisons évidentes, les Juifs ne se marient pas le samedi : ni civilement, ni religieusement.

Enfin, il convient de remarquer que les antisémites conspirationnistes qui voient en Alexandre Benalla un Juif (tandis que d’autres « conspis » pas moins antisémites font courir le bruit que son vrai prénom serait Lahcen et que même son nom serait différent) sont les mêmes qui, récemment, approuvaient la condamnation à mort de Serge Atlaoui en lui prêtant, de la même manière, une identité juive, sous prétexte qu’il se prénommait Serge plutôt que Mohammed ou Abdullah.

vendredi 13 juillet 2018

Gottlieb Duttweiler, ni juif ni nazi

Un estimable lecteur m’a adressé le message suivant :

Suite à une discussion entre amis, il est apparu que [m]onsieur Gottlieb Duttweiler, fondateur de la Migros suisse et homme politique suisse de premier plan, passe à tort pour être de confession juive. La confusion proviendrait du fait que les succursales berlinoises des magasins Migros aient été violemment boycottées par les Sturmabteilungen (SA), au même titre que les commerces dits « juifs ». La Migros était toutefois attaquée par les nazis en sa qualité de grande entreprise étrangère, et non en raison d'une quelconque identité juive de son fondateur [...].

Ce n’est pas seulement en Allemagne que des boycotts avaient été organisés contre l’enseigne Migros, mais aussi en Suisse. Le nazisme y était pour quelque chose, mais l’hostilité de ses concurrents également.

Certains détracteurs de Migros avaient prétendu y voir « une société juive », ce qui laisse penser qu’ils tenaient pour juif son fondateur.

Sans doute celui-ci s’était-il fait d’autres ennemis encore en décidant, pour mieux contre-attaquer, de se lancer dans la politique. Il avait même fait l’objet d’une haine pathologique. Il lui était arrivé d’être désigné dans un journal suisse comme « l’ennemi public n°1 ».

Or, si certains de ses ennemis le disaient juif, d’autres en faisaient un nazi : dans la presse, on avait pu lire un jour « Heil Duttler ! », tandis que quelqu’un avait désigné Duttler comme « Le petit Göring de Rüschlikon » (Rüschlikon étant la ville où il s’était fait construire une villa, près de Zurich).

De façon aussi grotesque, Duttweiler avait également été accusé par certains d’être « à la solde de Brown-Boveri ».

Mais Duttweiler était finalement devenu très populaire auprès d’un large pan de la population suisse. Plus d’un demi-siècle après sa mort, « Dutti » reste une des plus grandes figures de tout le paysage helvétique du XXe siècle.

Il fut un grand innovateur dans le domaine de la grande distribution, un peu comme les fondateurs des grands magasins à Paris, qui étaient tous juifs. Pour son audace et ses méthodes révolutionnaires, il pourrait aussi être comparé à d'autres visionnaires qui étaient juifs, comme Emil Jellinek ou Marcel Bleustein-Blanchet.

Et comment ne pas mentionner l’éthique remarquable de Duttweiler, qui avait interdit la vente d'alcool et de tabac dans les points de vente Migros, et qui s’était efforcé de promouvoir l’écologie, le recyclage et le commerce équitable dès la fin des années trente !

Est-il vraiment nécessaire de rappeler que porter un nom à consonance germanique est tout ce qu’il y a de plus banal en Suisse alémanique, et même dans le reste du pays, et que cela ne permet nullement de préjuger de la religion de l’intéressé ?

Il me semble que jamais, sauf peut-être le jour de la fête de Pourim, des Juifs n’auraient habillé leur petit garçon comme sur la photo ci-contre.

Surtout, outre que Gottlieb Duttweiler portait le même prénom que son père et que rien n’indique que son père ni sa mère auraient pu être juifs, ses obsèques, à Zurich en 1962, ont eu lieu à l’église... et même, plus fort encore, elles ont été organisées simultanément dans quatre églises différentes.


Sources : Dictionnaire historique de la Suisse, Testatelier, Migros Magazine (du 4 juin 2012), Migros Magazine (du 11 mars 2013), WOZ.