jeudi 9 avril 2026

Quand Arnold Toynbee devient juif

Le 21 mars 2026, le site Web Miurne reproduisait un article de David Duquesne paru le même jour dans le journal en ligne Tribune Juive et intitulé : « Israël dernier rempart de l’Occident ? »

Comme on pouvait s’y attendre, des commentaires antisémites n’ont pas tardé à apparaître, à commencer par celui d’un individu signant sous le pseudonyme de « jeanlebon ».


Son second prénom : Joseph...

Celui-ci accusait les Juifs dans leur ensemble de détruire les nations, les traitant d’empoisonneurs et les rendant collectivement responsables du multiculturalisme et du « poison » islamique diffusé en France et ailleurs.

À l’appui de ce délire, il citait quelques exemples de personnalités juives ou censées l’être. On se doute qu’il ne s’agissait pas de Gilles William Goldnadel, ni d’Éric Zemmour, ni de Sarah Knafo, ni d’Olivier Benkemoun, ni d’Elisabeth Lévy, ni de Rachel Khan, mais plutôt de promoteurs de l’idéologie multiculturaliste comme George Soros et Jacques Attali.

C’est comme si j’affirmais que tous les oiseaux sont gris et que je citais le pigeon biset, le héron cendré, le gobemouche gris et le perroquet gris du Gabon, tout en ignorant délibérément le moineau, le canari, l'aigrette, l’ara, le lori, la grande perruche verte, le geai bleu, le cardinal rouge et le flamand rose.

En lisant ces lignes, on se doute également que parmi les personnalités censées être juives que nommait ce triste sire, une au moins ne l’était pas.

Il s’agissait d’Arnold Toynbee.

Cet historien britannique était le fils de Harry Valpy Toynbee, lui-même fils de Joseph Toynbee et d’Harriet Toynbee, née Holmes. La mère de Toynbee, Sarah Edith Toynbee, née Marshall, était la fille d’Edwin Marshall et de Sarah, née Line, celle-ci étant la fille de Charles Allen Line et de Mary, née Thornton.

Parmi tous les noms de famille qui précèdent, aucun ne suggère une origine juive. Concernant des prénoms comme Joseph et Sarah, tout le monde sait qu’ils ne sont plus depuis longtemps une exclusivité juive et c’est un sujet que j’ai déjà abondamment traité dans mes articles précédents.


Sources : geni.com ; Miurne ; Tribune Juive.

dimanche 1 février 2026

Enrico Fermi, de la ferme au labo

Dans son remarquable essai Affaires atomiques (Les Arènes, 2001), page 56, Dominique Lorentz cite le physicien Enrico Fermi parmi les « scientifiques juifs » auxquels le programme nucléaire américain devait sa réussite au milieu du XXe siècle.

Certes, la majorité des physiciens ayant mis au point l’arme atomique étaient juifs, mais ils ne l’étaient pas tous. Dominique Lorentz aurait-elle confondu Enrico Fermi avec Enrico Macias ? Ou avec Robert Enrico ?

Florence, basilique Santa Croce (© MR)

Enrico Fermi et son frère étaient les fils d’Alberto Maria Fermi et d’Ida Giuditta Maria de Gattis, elle-même née dans les Pouilles et fille de Giuseppe de Gattis et de Giuditta Sant’Ambrogio.

Peu après leur naissance, ils furent « envoyés chez une nourrice, dans un milieu rural ». Enrico ne retrouva ses parents qu’à l’âge de deux ans et demi. C’est ce que nous apprend Wikipedia, citant Dan Cooper (Enrico Fermi and the Revolutions of Modern Physics, Oxford University Press, 1999).

Cela se passait en Italie, longtemps avant la Seconde Guerre mondiale. Dans ce contexte, imagine-t-on des parents juifs se comporter ainsi avec leurs enfants en bas âge ?

Surtout, on sait que dans les années trente, le célèbre physicien allait émigrer aux États-Unis « pour échapper aux lois antijuives touchant sa femme », nous précise-t-on : ce qui indique clairement qu’Enrico Fermi lui-même, contrairement à son épouse, n’était pas juif.

Enfin, si Fermi est enterré au cimetière Oak Woods de Chicago, le fait qu’un tombeau lui soit consacré en la basilique Santa Croce de Florence est encore un élément de preuve de sa non-judéité.


Sources : Wikipedia ; Wikitree ; et sources afférentes.

vendredi 2 janvier 2026

Morgan de quoi ?

Le 27 décembre 2025, dans une publication à caractère complotiste sur Facebook, il était affirmé que Nikola Tesla avait inventé la transmission d’énergie électrique sans fil, mais que son projet avait avorté parce que le banquier J.P. Morgan lui avait coupé les crédits.

Dès qu’il est question d’un projet censé nuire à l’ensemble de l’humanité ou bien, ce qui revient au même, d’un projet censé profiter à toute l’humanité mais entravé par des intérêts antagonistes, et à plus forte raison si un banquier est impliqué, la théorie du complot juif n’est pas loin.

Ni Morgan ni Gorman...

Aussi, la question que je me suis alors posée a été de savoir combien de commentaires je devrais parcourir avant de tomber sur un délire antisémite, et cela n’a pas loupé :

« JP Morgan hl... encore des juifs qui freinent l’humanité cause argent et égoïsme »

J’ignore ce que signifie « hl » mais peu importe. J’ai pu vérifier sur Google que des internautes cherchaient à savoir quelles étaient les origines de J.P. Morgan, sa religion ou sa « race ».

John Pierpont Morgan, fondateur de la banque portant son nom, était le fils de Junius Spencer Morgan et de Juliet Pierpont. Junius Spencer Morgan était le fils de Joseph Morgan et Sarah Spencer. Juliet Pierpont était la fille de John C. Pierpont et de Mary Sheldon Lord.

Dans l’arbre généalogique du célèbre banquier, aucun nom de suggère une origine juive, pas même Lyman.

La sépulture de J.P. Morgan s’orne de deux petites croix et surtout, on sait que le banquier de Wall Street était un épiscopalien fervent et un membre actif de l’église locale, et qu’il avait financé l’édification d’une cathédrale.


Sources : Find a Grave ; Geneanet ; Geneastar ; Philanthropy Roundtable.