dimanche 26 janvier 2014

Les prétendues origines juives d’Ahmadinejad

La rumeur des prétendues origines juives de l’ancien président iranien aurait été lancée par un de ses rivaux, l’Ayatollah Khazali. De façon méprisable, deux ou trois médias britanniques l’ont répercutée, sous prétexte que la famille de Mahmoud Ahmadinejad aurait changé de nom à un moment donné, apparemment suite à sa conversion à l’islam.

Le nom d’origine des Ahmadinejad serait Sabouridjan. Certains ont affirmé que ce patronyme désignait le métier de décorateur de tapis et que cette activité aurait été autrefois exercée essentiellement par des Juifs.

Un antisémitisme perçant

D’autres auront jugé plus crédible d’établir un rapport entre le terme « Sabour » et le châle de prière juif.

Les uns et les autres auront soigneusement évité le rapprochement avec une région qui porte ce nom au Pakistan.

Dans l’hypothèse où la famille de ce sinistre personnage ne serait musulmane que depuis relativement peu de temps, son ancienne religion ne serait certainement pas le judaïsme, mais bien plus probablement le zoroastrisme, ou bien le parsisme, ou encore, autre possibilité, l’hindouisme.

Certes, un antisémite peut parfois avoir des ancêtres juifs, mais dans le cas de Mahmoud Ahmadinejad, comme dans le cas d’Hitler, les motivations d’un tel on-dit sont assez évidentes.

En Orient, une technique courante pour discréditer quelqu’un consiste à faire courir le bruit qu’il aurait une ascendance juive (voir aussi mon article sur Kadhafi).

En Occident, il y a la tentative grossière de trouver dans la folie meurtrière d’un homme une raison soi-disant psychanalytique, mais aussi le besoin d’alléger une mauvaise conscience collective en inventant des responsabilités « juives » derrière l’antisémitisme.

mardi 21 janvier 2014

Nabilla juive ? Allô, nan mais allô, quoi !

« Avec un papa musulman, une maman chrétienne et une grand-mère juive, c’était compliqué. » Une grand-mère juive, serait-ce l’origine de la rumeur ? Or, un papa musulman et une maman chrétienne pourraient difficilement avoir donné naissance à des enfants juifs.

Mais Benattia, n’est-ce pas juif ? Benattia est un patronyme d’Afrique du Nord, sans doute apparenté à Attia (« Ben » signifiant « fils de ») et donc susceptible d’être porté par des Juifs, mais peut-être pas uniquement.

Un certain nombre de patronymes sont portés par des Arabes aussi bien que par des Juifs, comme par exemple Bentata, Bokhobza, Haddad, Tibi, etc. Et comme disait Shakespeare : what’s in a name ?

Nabilla (plus souvent avec un seul « l ») est un prénom donné aux filles dans des familles maghrébines de confession musulmane.

Le nombril de Nabilla
Nabilla Benattia explique : « J’ai des racines algériennes de par mon père et italiennes de par ma mère qui est calabraise ». Elle déclare ne pas avoir de lien avec la religion (laquelle ?) et se sentir davantage italienne parce qu’elle a grandi avec sa mère. Elle ajoute que celle-ci va à la messe. On admettra qu’une Calabraise qui va à la messe n’est sans doute pas juive et que sa progéniture pourrait difficilement l’être, surtout avec un père non juif.

« Si j’étais restée avec mon père, nous dit aussi Nabilla, je ne sais pas où je serais aujourd’hui. En train de faire un tajine ou carrément mariée ? » En l’occurrence, si grand-mère juive il y a, je ne sais si c’est du côté maternel ou paternel. Apparemment ce serait du côté maternel. À moins que ce ne soit que pure invention.

Il faudrait m’expliquer comment on peut être né juif quand on a une mère qui va à la messe et un père musulman.

Côté paternel, si le grand-père avait été juif aussi, le père de Nabilla ne se prénommerait pas Kouthir, il aurait peu de chances d’être algérien (l’Algérie est judenrein depuis un demi-siècle) et il pourrait encore plus difficilement être un fonctionnaire algérien à l’ONU.


Sources : tvmag.lefigaro.fr et terredisrael.com

samedi 18 janvier 2014

Matzneff, Gabriel comme l’ange ?

Suite à la circulation sur Facebook de citations censées confirmer les penchants pédophiles de quatre messieurs connus, une de mes coreligionnaires a cru pouvoir faire remarquer que trois d’entre eux étaient des Juifs. Cela ne lui suffisait pas que deux des intéressés soient issus de notre peuple (l’un de façon claire, l’autre de façon plus discutable), et c’est en vain que j’ai tenté de lui faire admettre son erreur concernant Gabriel Matzneff.

Certes, Gabriel est un prénom biblique, mais des millions de chrétiens ont un prénom biblique. Staline et Gœbbels aussi avaient un prénom biblique. Matzneff est un patronyme à consonance russe, mais croyez-le ou non, c’est chose courante chez les Russes chrétiens. Quoi d’autre ?

En fait, il serait difficile de dénicher dans sa biographie le moindre indice permettant de le croire juif.

Gabriel Matzneff est issu d’une famille de Russes blancs émigrés en France après la révolution de 1917. Un certain Constantin Motchoulski était son parrain, ce qui indique déjà que nous avons affaire à un chrétien.

À partir de 1961, Matzneff a rédigé des articles pour une revue de théologie chrétienne orthodoxe, et en 1964, il a participé à la création du Comité de coordination de la jeunesse orthodoxe. Il a aussi été à l’origine de l'émission télévisée « Orthodoxie », dont il est demeuré le coproducteur jusqu'en 1972. La foi religieuse, l'amour de la liturgie orthodoxe, l’intérêt pour le jansénisme sont des thèmes récurrents dans son œuvre. Cependant, son premier roman, L'Archimandrite, a suscité émotion et scandale dans les milieux orthodoxes français.

Le nom de son ex-femme, Scherbatcheff, est porté par des Russes orthodoxes, pas par des Juifs. Leur divorce civil, en 1973, a été suivi quelques mois plus tard de la dissolution de leur mariage religieux par un tribunal ecclésiastique. Selon mes sources, Gabriel Matzneff aurait alors perdu l’espoir qu’il avait nourri de pouvoir « mener une vie conforme aux règles de la société civile et de l’Église ».

Gabriel Matzneff a aussi été un pionnier du militantisme « pro-palestinien », au cas où la mesure ne serait pas assez pleine.


Sources : http://www.matzneff.com/biographie.php

mercredi 15 janvier 2014

Franco de port et d’emballage

En Espagne, au temps de l’inquisition, les Juifs qui n’ont pas pu rechercher des cieux plus cléments se sont convertis, un bon nombre d’entre eux restant secrètement fidèles à leur identité. Il existe aujourd’hui encore des Espagnols et même des Français méridionaux qui se savent ou se supposent descendants de marranes, et selon certains, c’est ce qui expliquerait que le général Franco, pendant la Seconde Guerre mondiale, ait pris des mesures particulières pour protéger les Juifs pénétrant en territoire espagnol (voire pour en accueillir ?)

Ainsi, Alexandre Adler, qui passe auprès de nombre de naïfs pour un vrai historien, évoquait un jour à propos de Franco, « né dans une famille de marins », une « origine juive-nouvelle-chrétienne » (sic) qui serait « un secret de Polichinelle ».

De tels propos n'ont pas beaucoup de sens. Tout d’abord, la notion d’origine(s) juive(s) est vague : pour avoir une « origine juive », combien faut-il avoir de parents, de grands-parents ou d’arrière-grands-parents juifs ? À combien de générations faut-il remonter ? Du côté de la mère, du côté du père, ou des deux côtés ?

Je l’ai déjà écrit, la judéité n’est pas un gène qui se baladerait entre les générations, tantôt visible et tantôt caché, sans qu’aucune tradition religieuse et culturelle ne l’accompagne.

En outre, en Espagne, les descendants des marranes étaient voués tôt ou tard à renoncer à leur identité secrète et à s’assimiler complètement au reste de la population. Dans ce contexte, que peut signifier l’expression « nouvelle-chrétienne » ? Et quel rapport avec les marins ? De surcroît, bien rares, ce me semble, ont été les familles juives qui s’y sont installées ou réinstallées depuis la fin du XVe siècle.

Francisco Franco y Bahamonde, dont la mère était « une femme très pieuse » (Wikipedia), fut baptisé dans la paroisse San Francisco du quartier des officiers de Ferrol le 17 décembre 1892. Tout ce que l’on sait de lui indique clairement qu’il était catholique de confession, de culture et de naissance.

Sans compter que durant son règne, l’Espagne ne reconnaissait pas Israël et abritait l’ignoble Darquier de Pellepoix, ancien commissaire aux Affaires juives, condamné à mort par contumace à la Libération.

Peut-être Franco se connaissait-il des origines marranes, comme la rumeur le dit. C’est possible. Mais l’idée qu’il l’ait été lui-même n’est que déraison.

jeudi 21 novembre 2013

Che Guevara, juif et cousin avec Ariel Sharon ?

Sur le tard, la mère de « Che » Guevara lui aurait appris qu’elle était juive. Ernesto Guevara se serait alors rendu en Israël à la recherche de ses racines. Il aurait même été le cousin d’Ariel Sharon. C’est du moins ce qu’a prétendu un jour le journal israélien Maariv.

Selon toute vraisemblance, cette rumeur d’une origine juive de Che Guevara et d’un lien de parenté avec Ariel Sharon, relayée par un journal, n’était au départ qu’un poisson d’avril concocté pour faire la nique à tous ces gauchistes du monde entier dont le premier était l’idole et le second, la bête noire.

Ernesto Guevara de la Serna était le fils d’Ernesto Guevara Lynch et de Celia de la Serna, « tous deux d’ascendance irlandaise et espagnole noble », peut-on lire sur Wikipedia, qui insiste sur le fait que ses parents étaient « de lignée aristocratique » (donc, pas juifs).

Petit boucher deviendra viande
Mais surtout, nous avons un Ernesto, fils d’Ernesto : or, comme je l’ai déjà précisé maintes fois, chez les Juifs, en principe, on ne donne jamais à un fils le prénom de son père.

Par ailleurs, on peut lire dans une biographie de Celia de la Serna que les parents de celle-ci étaient « très anticléricaux ». Ce terme s’applique plutôt aux chrétiens. Qualifier ainsi des Juifs, qu’ils soient religieux ou athées, n’aurait pas vraiment beaucoup de sens.

En 1921, après avoir perdu ses deux parents, Celia fut prise en charge par sa sœur aînée Carmen. Ce prénom, [Maria del] Carmen, est encore un signe clair que nous avons affaire à une famille de culture chrétienne. En outre, Celia, alors qu’elle effectuait sa scolarité au lycée français du Sacré-Cœur, à Buenos Aires, exprima son désir de devenir nonne.

Comment une Juive aurait-elle pu songer à devenir nonne ?

Il est même précisé que la future mère du « Che » était au départ une « catholique militante ».

Le « petit boucher » (el carnicerito) était donc juif comme je suis japonais, et il était cousin avec Ariel Sharon comme je suis cousin avec le dalaï-lama.

mardi 8 octobre 2013

Josiane Balasko…vić, pas « lovitch »

De Marie-José Nat à Sophie Marceau, toutes les actrices ayant joué le rôle d’une Juive dans un film passent pour juives, surtout dans l’esprit… de ceux qui n’en ont pas. Josiane Balasko ne fait pas exception.

Dans le film Tout le monde n’a pas eu la chance d'avoir des parents communistes de Jean-Jacques Zilbermann, excellent metteur-en-scène mais douteux réalisateur et scénariste (du moins, du point de vue des messages qu’il cherche à faire passer), elle jouait le rôle d’une Juive communiste rescapée de la Shoah, censée être la mère de Zilbermann et qui, de façon peu crédible, invoquait Auschwitz à la moindre dispute avec son mari et tombait en pâmoison devant les chanteurs de l’Armée rouge.

Changer d’origine, ou de mère ?

Josiane Balasko a été un moment mariée avec le frère de Richard Berry, ce qui peut aussi alimenter la rumeur qui nous occupe : pour bon nombre de simplets, une femme qui porte un nom étranger et qui épouse un Juif est nécessairement juive.

Balasko serait un nom de famille hongrois (genealogie.com), mais Josiane Balasko s’appelle en réalité Josiane Balašković.

En 2013, Wikipedia indiquait que Josiane Balasko était née dans une famille yougoslave et précisait qu’elle était d’origine croate, du côté paternel comme du côté maternel.

Depuis, Josiane Balasko a changé d’origine, ou bien elle a changé de mère. Il y est maintenant indiqué que son père, Ivan Balašković, était de nationalité yougoslave (c’est moins précis que croate...), mais que sa mère, Fernande Gattechaut, était une Française d’origine française.

Le patronyme Gattechaut est porté surtout dans les Hautes-Alpes, ce qui signifie qu’il n’indique absolument pas une origine juive, même s’il se pourrait qu’il dérive de Gottschalk (un nom germanique qui, à notre époque, est notamment porté par des Juifs).

Ma conclusion ne change pas : le nom Balasković n’est pas plus juif que la personne qui le porte.


Sources : geneanet.org, geopatronyme.com.

dimanche 6 octobre 2013

Et Danielle Mitterrand, elle met les Juifs dans le papier alu ?

J’ai découvert récemment (P.S.: en 2013) cette invraisemblable rumeur (une de plus) : Danielle Mitterrand, l’épouse de François Mitterrand, née Danielle Émilienne Isabelle Gouze, aurait été juive.

Comment expliquer un commérage aussi ridicule ?

Est-ce que quelques désaxés auraient fait un lien entre son nom de jeune fille, Gouze, et un journaliste gauchiste (qu’on me pardonne pour le pléonasme) du nom de Gouz, prénommé Sylvain, dont un patron de télévision antisémite avait fait remarquer un jour qu’il avait un nez aquilin et des cheveux frisés ?

Juive par son beau-frère ?

Ou bien, serait-ce parce que sa sœur avait épousé Roger Hanin, né Lévy ?

Tout est possible. On peut imaginer que certains détraqués raisonnent, ou plutôt déraisonnent, par des syllogismes comme celui-ci : les Juifs ne se marient qu’entre eux, Roger Hanin est juif, donc sa femme est forcément juive, ce qui implique que la sœur de sa femme le soit aussi.

En réalité, la moitié des Juifs épousent des non-juifs, et il semblerait, de surcroît, que Roger Hanin se soit converti à la religion catholique avant d’épouser la sœur aînée de Danielle Mitterrand, Madeleine Gouze alias Christine Gouze-Rénal.

La mère de Danielle Mitterrand s’appelait Renée Flachot et les autres noms qui apparaissent dans son arbre généalogique sont des noms comme Lamarche, Roussotte et Gaillard. Du côté du père, Antoine Gouze, on trouve notamment des Laventurier, des Chachuat, des Rougelet et des Chavet.

Les racines de l’épouse de François Mitterrand étaient essentiellement bourguignonnes, et un peu corréziennes, comme nous l’explique Jean-Louis Beaucarnot qui est une référence en matière de généalogie et dont on lira, pour plus de détails, l’article qu’il lui a consacré.

mercredi 25 septembre 2013

Cecilia Ciganer-Albéniz-Sarkozy-Attias… juive ou catho ?

Ciganer… Peut-on ne pas être juif avec un nom qui commence comme les cigares de Davidoff, qui sonne comme Trigano et qui se termine comme Kouchner ?

Et si, en plus, Cecilia Ciganer-Albéniz s’appelle maintenant Cécilia Attias, alors aucun doute n’est plus permis !

Son père, André Ciganer, « de son vrai nom Aron Chouganov, [...] est issu pour moitié d’une famille de propriétaires terriens juifs de Bessarabie et pour autre moitié de Tziganes de Moldavie », nous dit le site imaginatif Wikipedia, et le rédacteur d’ajouter : « d’où le nom Chouganov/Ciganer ». Comprenne qui pourra.

Qui sait s’il y a quelque
chose de juif chez Cecilia ?

Comme autres indices du même acabit, nous avons le fait qu’elle soit une descendante du compositeur Albéniz, prénommé Isaac, et le fait qu’elle ait successivement épousé Jacques Martin, puis Nicolas Sarkozy (pour savoir ce que valent ces indices, cliquez sur ces noms), et enfin, Richard Attias : sans doute un indice très probant aux yeux de certains obsédés.

Cecilia Attias est née sous le nom de Cecilia María Sara Isabel Ciganer Albeniz.

Sa mère, Diane Teresita Albeniz de Swert, était la fille d’un ambassadeur espagnol et de Rosaline de Swert, d’Anvers, elle-même issue d’une famille de diplomates, et la petite-fille du compositeur Isaac Albéniz (du côté de son père). Elle n’était pas juive.

Cécilia Attias a donc eu trois grands-parents non juifs (y compris sa grand-mère maternelle). Avec cela, elle n’est juive selon les critères d’aucun rabbin, et elle ne l’est pas davantage selon les critères de Pétain ni des nazis.

Par ailleurs, elle a effectué toute sa scolarité dans une institution catholique et elle a précisé à des journalistes qu’elle avait été élevée dans la religion catholique. Qui dit mieux ?

vendredi 6 septembre 2013

Staline, si Joseph…

Il existe bel et bien une rumeur selon laquelle Joseph Djougachvili, fils de Vissarion, aurait été juif. Elle est plus rare que celle concernant Lénine, chez qui, en cherchant un peu, on parvient à trouver une ou deux mauvaises raisons pouvant l’expliquer. Mais elle existe.

D’après le site Jew Or Not Jew, cette rumeur serait véhiculée par des sites antisémites au motif que le début de son nom de famille, « Djougach », signifierait « Juif » en géorgien.

En réalité, le père de Staline était originaire du village de Djougha. Et « Juif » en géorgien se dit « Ebraelebi ».

Quant à Joseph, je reconnais que c’est là un indice intéressant. Le même prénom que Gobineau... et Gœbbels... et Mengele !

Dans sa jeunesse, Joseph Vissarionovitch Djougachvili avait été séminariste, car sa mère, Ekaterina Gavrilovna Gueladzé, chrétienne orthodoxe fervente, voulait faire de lui un prêtre.

Vers la fin de son règne, le dictateur communiste avait sombré dans un antisémitisme débridé dont témoignent notamment la « Nuit des poètes assassinés » et le « Complot des blouses blanches ».

Pour tout dire, faire valoir qu’un Hitler ou un Staline pourrait avoir des origines juives, c’est à peu près aussi intelligent qu’affirmer qu’il y avait des bisons dans l’arbre généalogique de Buffalo Bill.

lundi 22 juillet 2013

Les Juifs ne sont pas des Colomb

En 1492, suite aux informations que j’avais données à Vos Altesses, Roi et Reine d’Espagne, elles pensèrent m’envoyer aux Indes, pour y voir comment on pourrait y convertir les peuples à notre Sainte Foi. — Christophe Colomb (Introduction au Journal de bord, 1492).

L’idée que Christophe Colomb aurait été juif est très à la mode depuis quelque temps. Il semble qu’elle ait été inspirée par la coïncidence dans le temps entre son fameux voyage et l’expulsion des Juifs d’Espagne. Il en faudrait pourtant un peu plus pour étayer ce genre de thèse !

Mais qui était-il donc ?
Certains auteurs ont soutenu une théorie selon laquelle Cristobal Colón aurait été un « converso », c’est-à-dire un Juif de la péninsule ibérique converti au christianisme. Simon Wiesenthal aurait postulé que « Colomb était un Séfarade soucieux de cacher son judaïsme mais aussi désireux de trouver un lieu de refuge pour ses compatriotes persécutés. » (Wikipedia)

Je peux me tromper, certes, mais tout cela ne me paraît pas très sérieux.

Cristoforo Colombo est le plus souvent considéré comme génois (donc italien, diront certains), même si une théorie faisant de lui un Portugais a aussi cours dans les écoles depuis longtemps. « Par la suite, des hypothèses audacieuses ont fait de lui un Castillan, un Catalan, un Corse, un Grec, un Arménien », nous dit Wikipedia.

Quoi qu’il en soit, tout semble indiquer que notre voyageur n’était pas juif :

1) Christopher Columbus était ostensiblement catholique (et pieux, me souffle une de mes sources).

2) Son navire amiral s’appelait le Santa Maria, et l’iconographie indique que les voiles des caravelles de sa flotte étaient décorées d’une croix.

3) Colombo, Colón… un nom porté par des Juifs ? Parfois, peut-être. Mais cela ne prouve rien. L'homme politique Gérard Collomb est-il juif ? Absolument pas.

4) Un Juif aurait difficilement pu s’appeler Christophe (surtout à l’époque).

5) Si j’en juge par son portrait le plus célèbre, il ressemblait plus à Du Guesclin qu’à Maïmonide.

6) Cristòfor Colom était envoyé par Isabelle et Ferdinand, qui ne se seraient pas montrés aussi bien disposés envers un Juif, ni même envers un « converso », et ne lui auraient sans doute jamais confié une telle mission.

7) La meilleure preuve que son départ en 1492 n’avait rien à voir avec l’expulsion des Juifs d’Espagne, c’est que tonton Cristobal est revenu (il est même reparti et revenu plusieurs fois).

8) Enfin, il faut bien constater que suite aux intéressantes découvertes de ce monsieur, aucune autorité n’a jamais cherché à envoyer des Juifs aux Amériques ni aux Antilles (un certain nombre y ont migré, mais ils l’ont fait d’eux-mêmes).